ACTUALITÉS, Éditorial 11 juillet 2017

Le Franklin, où nait l’élite

Là où Brigitte Macron a enseigné, Jacques-Antoine Granjon s’est rebellé… Découvrez l’école Franklin, formant l’élite française dans un cadre jésuite.

Dans cette école parisienne, proche de notre agence de l’avenue Paul Doumer, se rencontrent deux forces apparemment antagonistes : l’esprit jésuite appelant à voir en chaque enfant une espérance, et une liste hallucinante de 1 980 élèves et des milliers d’anciens ayant étudié ici depuis plus de cent ans, dont de grandes personnalités politiques mais aussi économiques.

Au lycée Saint-Louis-de-Gonzague, appelé communément « Franklin », les enfants s’adonnent à la relecture de leurs actions au travers des « exercices spirituels » de saint Ignace de Loyola, rédigés au XVIe siècle, tandis que Nicolas Sarkozy arrive aux réunions de parents d’élèves.

A Franklin, dont la chapelle avec ses neuf cents places assises et ses marches tapissées de velours carmin à des allures de cathédrale, les enfants sont conduits dans une liaison joyeuse et riche de sens à favoriser leur vie intérieure.

On croise François Fillon et Gonzague Saint Bris dédicaçant leurs livres à la fête de l’école. Les enfants d’Anne Lauvergeon, ex-présidente d’Areva, de Brice Hortefeux, fidèle sarkozyste et ancien ministre, de Pierre Kosciusko-Morizet, qui fut le PDG de Price Minister, et de Didier Le Calvez, le patron du Bristol, jouent à la récré avec les petits-enfants du grand rabbin Joseph Sitruk ou ceux de Bernard Arnault. Elisa, la fille de Delphine Arnault et Xavier Niel, y est scolarisée, comme le furent avant elle ses oncles Frédéric et Jean Arnault.

Une sélection implacable

Comme dans toutes les écoles, il arrive que les passages en classe supérieure soient tendus. A Franklin, c’est à Arthur de Villepin (fils de Dominique) qu’on refuse une entrée en sixième. Et Viviane Le Maire, la directrice du primaire, est connue pour être juste et intraitable.

Si Franklin a formé le gouverneur de la Banque de France, François Villeroy de Galhau, la journaliste Léa Salamé, l’acteur Michel Galabru, le directeur général de la Fondation Bettencourt, Olivier Brault, l’ex-PDG d’Essilor Xavier Fontanet, l’ancien de BNP Paribas Baudoin Prot, l’école n’hésite pas à refuser, par exemple, un des trois fils de l’homme d’affaires Geoffroy Roux de Bézieux, estimé insuffisamment bon, qui atteindra tout de même l’ESSEC. Suivre la scolarité « franklinoise » exige d’accepter les règles et d’être capable de beaucoup, beaucoup travailler.

A Franklin, l’entrée en maternelle est conditionnée par un examen de dossier, la directrice jugeant une pochette de dessins gribouillés à la peinture au doigt. Dûment sélectionné, reçu en entretien avec ses parents, l’enfant doit convaincre les recruteurs qu’il fera « magis ». Magis ? La devise de l’école, le coeur de la tradition jésuite, magis signifie en latin davantage, plus. Pour cela, le deal, c’est trente mots de vocabulaire à retenir tous les week-ends en primaire, des cours tous les samedis, des évaluations, des dissertations et des examens à tour de bras. L’école est une usine à excellence, où se fabriquent des champions de concours aux grandes écoles. Elle explose tous les classements de mentions obtenues au bac, ses classes préparatoires aux concours des écoles de commerce placent un tiers de leurs effectifs dans les trois « grandes parisiennes » et deux tiers dans les six meilleures françaises, sans omettre les premiers prix raflés chaque année au concours général.

Le paradoxe franklinois

Tandis qu’on encourage tous les élèves à vivre des « expériences de service », ceux-ci viennent souvent de familles aisées. Le coût de la scolarité n’y est pas plus élevé qu’ailleurs : 2 700 euros par an, dans la moyenne de l’enseignement privé en Ile-de- France.

L’aisance dans laquelle grandissent la plupart de ces enfants se mesure lors de la fête de l’école. Les tickets de tombola s’y vendent 1 euro. Les parents avisés les achètent par paquet de dix. On les comprend, car on connaît peu de tombolas où, avec un peu de chance, vous gagnerez un collier en or rose et gris Mellerio, une caisse de six bouteilles de La Conseillante ou de château-figeac, des nuits pour deux au palace des sources Caudalie, le sac Vuitton n’étant « que » le septième lot. Cette année, les gains financent, tout de même, la construction d’une école à Madagascar.

Alors que la Manif pour tous met dans la rue des milliers de catholiques, Laurent Poupart n’y entraîne pas son établissement. Quand Bruno Le Maire ose, devant des parents d’élèves, dire qu’il ne s’opposera pas au vote de la légalisation du mariage homosexuel, naissent des courriers courroucés qui réclament que la rue Franklin soit désormais interdite à ce député de droite perdu pour la cause. De plus, leur réaction se fut entendre lorsque certains parents ont compris que l’énergique professeure de lettres de leurs enfants, l’enthousiaste enseignante qui leur faisait rencontrer Erik Orsenna ou Fabrice Luchini était bel et bien cette femme qui « avait perverti » un de ses élèves de l’atelier théâtre, le futur président Emmanuel Macron.

Lucile
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Lucile

le 11 juillet 2017